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Les escaliers que vous voyez là vous permettent de grimper jusqu’à l’incontournable château de Gjirokastër. C’est l’une des forteresses les plus impressionnantes des Balkans, perché à 336 mètres d’altitude au sommet de la colline qui domine toute la vallée du Drino. Long d’environ 600 mètres, il s’étire comme un immense navire de pierre au-dessus de la ville, dont il contrôle visuellement chaque quartier. Le site est occupé dès l’Antiquité tardive, mais la première fortification identifiable remonte aux XIIe et XIIIe siècles, à une époque marquée par l’instabilité régionale et les luttes de pouvoir byzantines. La première mention écrite date de 1336, lorsqu’un chroniqueur byzantin évoque une révolte albanaise dans une ville appelée Argyrokastron, l’ancien nom de Gjirokastër. Au fil des siècles, le château change de mains, passant par le Despotat d’Épire avant d’être conquis par les Ottomans en 1419, devenant alors un centre administratif et militaire majeur du sud de l’Albanie. La silhouette que vous voyez aujourd’hui est en grande partie l’œuvre d’Ali Pasha de Tepelenë, puissant gouverneur ottoman qui, entre 1811 et 1812, transforme radicalement la forteresse en l’agrandissant et en la renforçant. Il fait construire de hautes tours pouvant atteindre trente mètres, améliore les murailles et dote le château d’un aqueduc spectaculaire de plus de dix kilomètres pour l’alimenter en eau, un ouvrage aujourd’hui presque entièrement disparu. À l’intérieur des murs, le château n’était pas seulement militaire : au début du XIXe siècle, près de deux cents familles y vivaient, avec des quartiers résidentiels, des entrepôts et des espaces de commandement. Au XXe siècle, le lieu prend une dimension beaucoup plus sombre. Entre 1929 et 1932, une prison est construite sur ordre du roi Zog, utilisant même des pierres de l’ancien aqueduc d’Ali Pasha, et cette prison restera active sous plusieurs régimes, y compris pendant les occupations italienne et allemande puis sous le régime communiste. Jusqu’en 1968, des prisonniers politiques y sont enfermés, et la mémoire locale conserve le souvenir des souffrances endurées derrière ces murs. Aujourd’hui, le château est aussi un lieu de culture et de mémoire. Il abrite un musée militaire, une impressionnante galerie de canons, la célèbre épave d’un avion américain T-33 exposée comme trophée de la Guerre froide, ainsi que la Prison des Sept Fenêtres, dont les cellules portent encore des inscriptions laissées par les détenus. Depuis 1968, la forteresse accueille également le Festival folklorique national, qui rassemble tous les cinq ans des milliers d’artistes et transforme ce lieu autrefois fermé et redouté en une scène culturelle vivante. En vous promenant sur les remparts, vous profitez enfin d’un panorama exceptionnel sur Gjirokastër et les montagnes environnantes. L’entrée dans le site coûte quelques euros, mais pour le découvrir, il faut gravir les quelques marches qui mènent au sommet!






