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Vous êtes devant le centre d’information touristique de Gjirokastër, situé sur la place Çerçiz Topulli, où vous pouvez acheter votre billet pour visiter le tunnel de la Guerre froide et rejoindre une visite guidée. L’entrée du tunnel se trouve à proximité immédiate, sous le rocher, non loin du château qui domine la ville. Ce vaste complexe souterrain a été construit au début des années 1970, en pleine période communiste, et constitue l’un des symboles les plus marquants de la paranoïa sécuritaire du régime d’Enver Hoxha, convaincu qu’une invasion étrangère était imminente. Long d’environ 800 mètres, il comprend près de soixante salles reliées par un réseau de galeries étroites et massives, entièrement enfouies sous la colline. Le tunnel a été conçu comme un abri stratégique destiné à protéger les cadres du régime, l’armée et les autorités locales en cas d’attaque, y compris nucléaire, une menace jugée permanente par le pouvoir de l’époque. Il est le produit direct de l’isolement extrême de l’Albanie durant la Guerre froide, après les ruptures successives avec l’Union soviétique, le Pacte de Varsovie puis la Chine, laissant le pays sans alliés et persuadé d’être encerclé par des ennemis. Les galeries, renforcées par d’épaisses couches de béton, étaient censées résister à de puissantes explosions, tandis que le complexe disposait de salles de commandement, de bureaux, de dortoirs, de réserves alimentaires, de citernes d’eau, de systèmes de filtration de l’air, de générateurs électriques et même d’espaces dédiés à la police politique et à la justice du régime. Tout était prévu pour permettre une survie prolongée sous terre, pendant des jours, voire des semaines. La construction s’est déroulée dans le plus grand secret, et l’existence du tunnel est restée largement inconnue de la population jusqu’à la chute du communisme au début des années 1990. Durant les années 1970 et 1980, des exercices de défense civile et des manœuvres militaires étaient régulièrement organisés, impliquant aussi des civils, dans une société entièrement mobilisée autour de la préparation à une guerre qui n’a jamais eu lieu. Après 1990, une partie du mobilier a été pillée et le site est resté longtemps à l’abandon, conservant toutefois une atmosphère brute et authentique, avec ses murs humides, ses portes blindées et ses équipements d’origine encore visibles. Aujourd’hui, le tunnel est partiellement aménagé pour la visite, avec un éclairage et une signalétique limités, afin de préserver son caractère original tout en permettant au public de découvrir ce lieu unique.






