

Près du château Kamerlengo se cache un petit pavillon discret : la gloriette du maréchal Marmont. Elle date de l’époque où Trogir fut brièvement française, entre 1806 et 1814. À cette époque, la ville faisait partie des Provinces Illyriennes, gouvernées par Auguste de Marmont, maréchal d’Empire et proche de Napoléon. Marmont avait suivi Bonaparte dès la campagne d’Italie et d’Égypte. Il était considéré comme l’un de ses fidèles compagnons, récompensé par le titre de duc de Raguse en 1808, puis par le gouvernement de la Dalmatie. On disait qu’il menait grand train, entouré de domestiques et logeant dans des palais fastueux, mais il laissa aussi des traces positives : routes, écoles et administration modernisée. Cette gloriette fut construite pour célébrer la gloire française sur l’Adriatique. L’histoire, pourtant, s’assombrit quelques années plus tard. En 1814, Marmont rallia les Bourbons et livra son armée aux Alliés. Pour Napoléon, ce fut une trahison, et son nom en resta marqué : en France, le verbe “raguser”, tiré de son titre de duc de Raguse, devint synonyme de “trahir”. Cette petite gloriette raconte donc une histoire paradoxale : celle d’un maréchal à la fois bâtisseur et brillant serviteur de Napoléon, mais aussi d’un homme dont la gloire fut éclipsée par un geste fatal. À Trogir, elle demeure le discret témoin d’un épisode français dans une ville dominée surtout par les souvenirs vénitiens.






