Quartier La Viña

Ici, nous allons tourner pour continuer la découverte de la ville, mais sachez que si vous continuez tout droit, vous tomberez sur la Calle Rosa, la rue qui marque l’entrée dans le quartier de la Viña. Il s’agit de l’un des quartiers les plus populaires et authentiques de Cadix. Autrefois couvert de vignobles, il devient à partir du XVIIIᵉ siècle le fief des pêcheurs de La Caleta. Ses ruelles étroites, ses maisons colorées et son ambiance conviviale reflètent encore aujourd’hui cette identité simple et chaleureuse. Chaque mois de février, La Viña est le cœur du Carnaval de Cadix, et ses rues deviennent une scène à ciel ouvert où résonnent chirigotas et comparsas. Ce carnaval est l’une des fêtes les plus anciennes et les plus originales d’Espagne, un carnaval où l’humour, la satire et l’imagination sont bien plus importants que les paillettes. Ses racines remontent au XVe siècle, lorsque Cadix, ville portuaire ouverte sur le monde, adopta des traditions venues d’Italie grâce aux marchands génois. Aujourd’hui encore, cette influence se ressent dans les chansons satiriques et les déguisements inventifs des groupes de carnaval. Mais cette fête adorée par les Gaditans a traversé des périodes difficiles. En 1937, en pleine Guerre Civile, Franco interdit purement et simplement tous les carnavals du pays, jugés trop subversifs. Pourtant, ici à Cadix, on ne renonce pas facilement à l’esprit festif. Dès 1948, le carnaval réapparut sous un nom discret : les “Fiestas Típicas Gaditanas”. Officiellement, il ne fallait plus de déguisements, plus de masques, et la fête devait même se tenir en été, pour ne surtout pas rappeler le calendrier traditionnel. Les groupes devaient montrer des croquis de leurs costumes à la censure, et chaque chanson passait sous l’œil impitoyable d’un censeur au crayon rouge. Mais les artistes gaditans ont toujours eu plus d’un tour dans leur sac : dialectes locaux incompréhensibles pour les censeurs venus de Madrid, références historiques très gaditanes, jeux de mots à triple sens… Une année, un groupe présenta des paroles parfaitement sages à la censure, puis monta sur scène en chantant une version complètement différente, bien plus piquante. Le censeur, furieux, s’en rendit compte trop tard : tout le théâtre riait déjà aux éclats. Et même pendant la guerre, quand la fête était totalement interdite, les Gaditans organisèrent des carnavals clandestins dans les caves et les arrière-salles des bars du quartier de La Viña. Risquer la prison, voire pire, pour quelques chansons satiriques peut sembler fou. Mais ici, renoncer au carnaval aurait été renoncer à une partie de son identité. Cette résistance joyeuse et courageuse fait aujourd’hui partie des plus belles histoires de Cadix, et explique sans doute pourquoi, plus que nulle part ailleurs, le carnaval reste ici une affaire de cœur, de liberté et de fierté.

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