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Vous êtes au point 0. C’est d’ici, sur le parvis de Notre-Dame, qu’est calculée la distance kilométrique des villes de France depuis Paris. Ce point n’est pas choisi par hasard puisque nous sommes en plein cœur du berceau de la ville, noyau central de la Lutèce romaine. Face à la majestueuse cathédrale Notre-Dame de Paris, on ne peut qu’admirer sa flèche gothique, qui, après cinq années de travaux, s’élève à nouveau fièrement dans le ciel parisien. Identique à celle conçue au XIXe siècle par Viollet-le-Duc, elle est désormais couronnée d’un coq doré, imaginé tel un phénix, qui, comme la cathédrale, renait de ses cendres. Fermée pour restauration depuis le grave incendie du 15 avril 2019, elle ouvre à nouveau ses portes depuis le 8 décembre 2024. Mais Notre-Dame, siège du diocèse de Paris, en a vu d’autres au cours de ses 8 siècles d'existence ! Sa construction débute à la fin du XIIe siècle, mais selon la tradition, un temple païen dédié à Jupiter, le maître des dieux romains, se tenait déjà à cet emplacement au 1er siècle de notre ère. Ce dont on est sûrs, c’est qu’une église paléochrétienne se dressait ici même déjà au IVe siècle. Transformée en basilique mérovingienne, puis en cathédrale carolingienne au fil de l’histoire, elle devient finalement une cathédrale romane. Vers 1160, Maurice de Sully, alors évêque de Paris, veut faire bâtir une cathédrale dédiée à la vierge Marie, et à la hauteur de l’expansion qu’est en train de vivre sa ville. On estime qu’à cette époque, la population va doubler, passant de 25000 en 1180 à 200000 habitants en 1300, faisant de Paris la plus grande ville médiévale d’Occident. L’évêque de Sully veut de la hauteur et de la lumière, et sortir des murs épais et sombres de l’art roman. Ça tombe bien, car à la même époque, une innovation majeure de l’architecture voit le jour, celle des arcs brisés, tenus par une clé de voûte. On peut désormais aller toujours plus haut vers le ciel, sur des murs plus fins qui peuvent être couverts d’immenses vitraux, inondant l’intérieur de lumière. En 1163, le pape Alexandre III bénit la première pierre de l’édifice, et 182 ans plus tard, suite au travail de plusieurs générations de bâtisseurs, la magnifique cathédrale gothique est enfin terminée. Pendant la Révolution, comme tous les autres biens du clergé, la cathédrale est mise à disposition de la Nation et elle est toujours la propriété de l'État aujourd’hui. Elle est largement pillée et vandalisée, avant d’être reconvertie en entrepôt à vin, une fois le culte catholique interdit en 1793. Napoléon Ier, lui, convaincu que la religion peut maintenir l’ordre et encadrer une population majoritairement catholique, se rapproche du pape Pie VII et signe le Concordat de 1801. Les évêques sont désormais nommés par le gouvernement : ils reçoivent leurs pouvoirs du pape mais sont rémunérés par l’État. En échange, le Saint-Siège renonce à récupérer les biens confisqués pendant la Révolution. Cet accord historique restera en vigueur jusqu’en 1905, date à laquelle la France vota la séparation de l’Église et de l’État, garantissant la liberté religieuse des habitants. On restaure la cathédrale tant bien que mal et en 1804, elle voit le sacre de Napoléon Bonaparte. Mais les années passent et la cathédrale se dégrade, tant et si bien qu’on pense même la raser complètement. C’est grâce à Victor Hugo et son roman Notre-Dame de Paris, sorti en 1831, qu’elle a pu être restaurée, portée par un engouement national nouveau. Le roi Louis Philippe décide alors de lancer un important chantier de rénovation, porté par l’architecte Viollet-le-Duc qui ajoute une flèche, ainsi que 54 gargouilles pour rappeler l’atmosphère moyennâgeuse de ses débuts. Cet engouement restera et Notre-Dame est un monument historique cher aux Français. Elle a fait partie des grands moments de l’Histoire du pays et a accueilli les funérailles de nombreux présidents, comme Charles de Gaulle, Georges Pompidou, ou encore François Mitterrand. Visitée par 13 à 14 millions de personnes chaque année, elle est l’un des emblèmes du pays, et a vu le monde entier à son chevet au lendemain de l’incendie, en voyant une impressionnante levée de fonds se mettre en place. Depuis la réouverture, il faut réserver un créneau en ligne pour la visiter. Mais attention, l’accès est bel et bien gratuit, et une deuxième file dédiée est disponible si vous n’avez pas de réservation. Je vous laisse pénétrer dans ce sanctuaire, ou admirer sa belle façade harmonique, sa sublime rosace, et chercher dans sa pierre, les gargouilles et les chimères .






