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Si Bari regorge d’églises et de palais à tous les coins de rue, elle n’a qu’un seul château, le Castello Svevo di Bari. Mais quel château ! À l’origine, Bari était une ville byzantine importante et même la capitale de la province byzantine d’Italie. Mais en 1071, la ville est prise par les Normands dirigés par Robert Guiscard, mettant fin à plusieurs siècles de domination byzantine dans la région. Et oui, des Normands ! Venus à l’origine de Normandie française mais installés depuis longtemps dans le sud de l’Italie où ils fondent un puissant État. En 1130, Roger II unifie leurs territoires et crée le royaume de Sicile qui comprend Bari. C’est dans ce contexte que les souverains normands font construire des forteresses comme ce château pour contrôler les villes stratégiques. Mais les habitants gardent une forte tradition d’autonomie et une culture marquée par leur passé byzantin. Et cela se concrétise au milieu du XIIᵉ siècle, lorsque le roi normand Guillaume Iᵉʳ de Sicile fait face à une situation politique très instable. Plusieurs forces cherchent à le renverser : certains barons normands mécontents, le pape Adrien IV et l’empereur byzantin Manuel Iᵉʳ Comnène. La ville de Bari, ancienne capitale byzantine, voit dans ce conflit une occasion de se rebeller. En 1155, lorsque des troupes byzantines débarquent en Apulie, les habitants ouvrent les portes de la ville et détruisent eux-mêmes la forteresse normande construite par Roger II, un geste symbolique contre le pouvoir royal. Furieux, Guillaume Iᵉʳ marche sur Bari l’année suivante et écrase les Byzantins. La population, sans défense, sort à sa rencontre sans armes pour implorer sa clémence. La réponse du roi, qui gagne le surnom de Guillaume le Mauvais, ne se fait pas attendre : « Puisque vous avez refusé d'épargner ma maison, je n'épargnerai certainement pas les vôtres. » Il décide de punir toute la ville : les habitants ont deux jours pour quitter leurs maisons, puis une grande partie de la ville est démolie, notamment les murailles et les résidences nobles. Cette destruction n’est pas seulement une vengeance mais une décision politique destinée à briser l’autonomie et le pouvoir de Bari. Les habitants sont dispersés pendant plusieurs années et ce n’est qu’en 1166, après la mort du roi, qu’ils sont autorisés à revenir et à reconstruire la ville. Heureusement pour nous, l'histoire ne s'arrête pas là. En 1233, l'empereur Frédéric II décide de tout reconstruire en grand et même d’y tester la sainteté de saint François d’Assise. En effet, lorsque ce dernier s’arrête à Bari, l’empereur Frédéric II, sceptique, l’invite au château et décide de le mettre à l’épreuve en envoyant une courtisane dans sa chambre la nuit. Selon la légende, lorsque la jeune femme s'approche, elle voit le lit entouré de flammes et s'enfuit, terrifiée. Frédéric, qui espionnait la scène par un judas, fut tellement impressionné qu’il ne douta plus jamais de la sainteté de François. Les deux hommes passèrent ensuite la nuit à converser, donnant naissance au nom de la tour de Saint-François. Enfin, au XVIe siècle, le château connaît sa période la plus glamour. Deux femmes extraordinaires le transforment en une cour Renaissance digne des plus grands palais du nord de l'Italie. Et aujourd'hui, le château abrite un musée, une remarquable collection de plâtres d'art roman apulien, et une salle entière dédiée à Bona Sforza avec des projections numériques immersives. Bref, neuf siècles d'histoire, de trahisons, de légendes et d'architecture vous attendent derrière ces murs.






