

©Francesco Falconetti, CC BY-SA 4.0.
En vous promenant dans les ruelles de Bari Vecchia, vous ne tarderez pas à remarquer ses nombreux “edicole votive”, littéralement des édicules votifs. Mais que se cache-t-il derrière ce nom si peu connu ? Ce sont toutes ces petites niches creusées dans la pierre représentant des madones ou des saints aux couleurs passées, toujours illuminées par une ampoule tremblotante et souvent accompagnées de bouquets de fleurs fraîches. Vous en avez un exemple devant les yeux sous cette arche. Bari en compte pas moins de deux cent quarante dans son centre historique. D’ailleurs, avez-vous compté ceux qui sont sur le parcours ? Vous n’en croiserez pas moins de neuf. Alors soyez attentifs ! Leur histoire commence bien avant le christianisme. Les Romains plaçaient déjà aux coins des rues des images de leurs dieux protecteurs. Quand le christianisme s'est imposé, les visages ont changé : les dieux sont devenus des saints, les déesses des madones. Mais le rite, lui, est resté le même depuis deux mille ans. À Bari, cette tradition s'est enrichie au fil des siècles. Les premiers bas-reliefs en pierre remontent au XIVe siècle, posés sur le chemin des pèlerins qui venaient vénérer les reliques de saint Nicolas. Au XVIIe siècle, la domination espagnole a multiplié les représentations du Christ en croix et de la Vierge douloureuse. Puis, des peintres comme Michele Montrone ont orné les rues de véritables petits chefs-d'œuvre avec des huiles sur cuivre, fresques, statuettes en plâtre. Chacune de ces images est entretenue par les habitants eux-mêmes. Les voisins se cotisent pour payer les fleurs, les bougies, parfois même la facture d'électricité de la petite ampoule qui éclaire la niche. Il y a quelques années, l'une de ces lumières s'est éteinte pendant plusieurs jours : la vieille dame qui réglait la facture venait de mourir, et personne ne l'avait encore remplacée. Ce ne sont pas de simples décorations, mais une responsabilité vivante, transmise de voisin en voisin depuis des siècles. Certains de ces édicules cachent des histoires encore plus intimes. Une statuette de la rue Tresca porte sur la tête une vraie mèche de cheveux, celle d'une femme qui avait demandé une grâce à la Vierge, et qui l'avait obtenue. Une autre, sous l'arco Santo Spirito, par lequel la visite passe, est connue sous le nom de Madonna Addolorata : selon la légende, la couleur de sa robe changerait pour présager d’un malheur imminent. Ce patrimoine fragile est aujourd'hui menacé. Des œuvres ont été volées, d'autres dégradées ou maladroitement repeintes. La tradition résiste mais tend à s’effacer doucement.






