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Après avoir suivi un bout de la Via Francigena du Sud sur la trace des pèlerins qui traversaient Bari, vous voilà arrivé sur la Piazza Mercantile, le cœur politique, commercial et judiciaire de la ville depuis le Moyen Âge. C'est ici que se tenait le marché, que se concluaient les affaires, que se rendait la justice et que s'exposaient publiquement les condamnés. Regardez en face de vous, dans un coin de la place. Sur une petite estrade de quatre marches, un lion de pierre accroupi serre un bouclier entre ses pattes. À son cou, une inscription latine : Gardien de la Justice. C'est la Colonna della Giustizia, que les locaux appellent depuis toujours la colonne de la honte. Et pour cause ! Pendant des siècles, les débiteurs insolvables et autres banqueroutiers étaient amenés ici, dévêtus de la ceinture jusqu’aux pieds, assis à califourchon sur le lion, les mains liées au pilier, offerts aux regards et aux insultes de toute la place. Une véritable mort sociale dont on ne se relevait pas à cette époque. Quant à l'âge du lion, romain, normand ou espagnol ? Les historiens se disputent encore. La thèse la plus fascinante présume que ce serait un lion funéraire romain du Ier siècle, récupéré dans une tombe des Pouilles et réemployé par les Normands au XIIe siècle pour incarner le pouvoir de la justice royale. Rapprochons-nous maintenant de la façade du Palazzo del Sedile avec son horloge et ses quatre bustes. Ce bâtiment abritait le premier parlement de Bari construit sur les ruines d'une ancienne chapelle jusqu’à son explosion ! En effet, en 1601, un dimanche de Carême, un petit incendie se déclenche dans un entrepôt voisin. Le vent souffle fort ce jour-là. Les flammes atteignent le dépôt d'arsenal de la ville. Deux barils de poudre explosent. Le Palazzo est rasé entrainant la mort de soixante personnes. La ville le reconstruit en moins d'un an et pour marquer cette renaissance, elle fait installer une horloge importée d'Allemagne : la première des Pouilles à sonner non seulement les heures, mais aussi les quarts. Un prodige que l'on entend encore aujourd'hui. Levez les yeux vers la partie supérieure. Vous y apercevez quatre bustes qui semblent vous regarder depuis les hauteurs. Quatre visages nobles ? Non, ce sont en réalité des vases à fleurs à double face, un trompe-l'œil typique du rococo napolitain. Ils ont été commandés en 1722 par Stefano Fabbri, un marchand ferrarais qui avait racheté cet espace et qui a donné son nom à la Piazza del Ferrarese voisine. Les petites statuettes qui les accompagnent autour du cadran de l’horloge, elles, symbolisent la concorde entre les citoyens en représentant vraisemblablement les allégories de la justice, de la prudence, de la force et de la paix. Avant de quitter la place, regardez l'immeuble derrière vous. C'est là, au numéro 2, que naquit le 16 janvier 1728 le compositeur Niccolò Piccinni, l'enfant le plus illustre de Bari, auteur de plus de cent quarante opéras, adulé dans toutes les cours d'Europe. Et malgré une petite plaque peu visible, sa maison est aujourd'hui à l'abandon et a même failli devenir un pub. Voilà ce qu'est la Piazza Mercantile : une place où le pouvoir, la honte, la musique et la pierre se croisent.






