Théâtre Petruzzelli

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Encore un théâtre, me direz-vous ? Mais quelle présence avec cette façade rouge brique et blanc ivoire qui capte immédiatement le regard ! Cette teinte rouge si particulière a même reçu un nom officiel lors de la restauration : le Rosso Petruzzelli. Les restaurateurs ont dû analyser couche par couche les peintures originales pour retrouver cette nuance exacte. Une couleur unique, pour un théâtre unique. Au centre de la façade, remarquez les grandes colonnes corinthiennes, empruntées directement aux temples grecs antiques. Elles soutiennent une frise richement sculptée et un fronton triangulaire, comme si l'édifice voulait affirmer d'emblée : ici, la culture est sacrée. Entre les fenêtres, on découvre des motifs floraux sinueux, des figures allégoriques, des bas-reliefs délicats, tout cela dans le plus pur esprit de l'Art Nouveau, ou Stile Liberty comme on dit en Italie. Et au sommet, le dôme semi-circulaire, véritable couronne de l'édifice, est dominé par Apollon et les muses Érato et Polymnie, flanqués de part et d’autre de deux griffons. Mais qui a bâti tout cela ? L'histoire commence à la fin du XIXe siècle. Deux frères, Onofrio et Antonio Petruzzelli, des négociants originaires de Trieste, décident d'offrir à Bari le grand théâtre qu'elle mérite. Ils confient le projet à leur beau-frère, l'ingénieur Angelo Messeni. Les travaux débutent en 1898, et le rideau se lève pour la première fois le 14 février 1903, avec les Huguenots de Meyerbeer. Pour l'époque, le bâtiment est une prouesse technique : chauffage central, électricité… et une capacité d'accueil de plus de 3 000 personnes. Il faudra cependant attendre 2009 pour que le théâtre retrouve sa splendeur. Car dans la nuit du 27 octobre 1991, peu après le tomber du rideau de Norma de Bellini, un opéra qui, ironiquement, se termine dans les flammes, un incendie criminel ravage presque entièrement le bâtiment. Et derrière cet incendie se cache une histoire sordide : le directeur général du théâtre, criblé de dettes auprès d'usuriers locaux, aurait commandité le feu en promettant aux clans mafieux de la ville les juteux contrats de reconstruction. Un crime prémédité qui sacrifiait un joyau culturel sur l'autel de l'argent et des combines. La justice italienne s'est emparée de l’affaire avec des résultats décevants. Malgré cinq procès, seul l'exécutant matériel, un certain Giuseppe Mesto, a été définitivement condamné. Le commanditaire, lui, n'a jamais été officiellement désigné. L'ironie de l'histoire ? Les mafieux qui espéraient rafler les marchés de reconstruction n'ont finalement rien obtenu : les procédures judiciaires ont bloqué le chantier pendant des années, et c'est l'État italien, avec des fonds européens, qui a finalement rebâti le théâtre. Dix-huit ans de silence, 50 millions d'euros, et une volonté collective acharnée pour le faire renaître. Bienvenue au Petruzzelli !

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