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Cette place peut sembler anodine à première vue, mais elle cache de nombreux secrets, à l’image même de Bari. Commençons par ce qui saute tout de suite aux yeux : l’imposant Palazzo Diana à la façade rouge brique, qui s’élève sur trois étages. Construit en 1838, il abrite l’une des plus belles cours intérieures de la ville, protégée par une verrière qui baigne de lumière naturelle le sol en damier de marbre noir et blanc. Aujourd'hui, il appartient à une famille de Bari et abrite le tribunal administratif régional. Maintenant, levez les yeux, et vous découvrirez face à vous la statue de Niccolò Piccinni, un enfant de Bari, né en 1728 dans une petite ruelle de la vieille ville. À 26 ans, il compose son premier opéra à Naples. Puis un autre. Puis une centaine d’autres. On le surnomme le Prince de l'Opéra. Sa Cecchina est jouée dans toute l'Europe, et même, paraît-il, jusqu'au palais de l'Empereur de Chine. Pas mal pour un gamin des Pouilles, non ?! En 1776, le roi de France l'invite à Paris. Il devient le professeur de chant de Marie-Antoinette en personne. À Paris, il se retrouve au cœur d'une guerre musicale : d'un côté ses fans, les Piccinnistes, de l'autre les partisans de Gluck, les Gluckistes. Piccinni y gagne une célébrité immense, mais c'est finalement Gluck qui remporte la mise. La Révolution française, elle, n'est pas tendre avec lui : sa pension est supprimée, il finit même brièvement en prison à cause du mariage de sa fille avec un jacobin. Après un passage à Naples, il revient à Paris où c'est finalement Napoléon, grand admirateur, qui lui offre un poste d'inspecteur au Conservatoire. Il y meurt en 1800, à 72 ans. À Bari, on donna son nom au théâtre, tandis qu’à Paris, une rue lui rend encore hommage. D’ailleurs, avez-vous vu le théâtre ? Il se trouve derrière vous, avec sa façade rosée et ses 4 grandes colonnes blanches qui encadrent son entrée. Inauguré en 1854, c’est le plus ancien théâtre de Bari, et même la légende du vieux gardien qui hanterait ses loges ne suffit pas à empêcher les amateurs d’opéra de profiter de son acoustique exceptionnelle. Mais cette place a aussi une mémoire plus sombre. Le 28 novembre 1977, c'est ici, à l'angle de cette même place, qu'un jeune homme de 18 ans est assassiné. Benedetto Petrone, surnommé "Benny" par ses amis, était un militant communiste, fils d'une famille modeste de Bari Vecchia. Depuis son enfance, il boitait légèrement en raison de la poliomyélite qu’il avait contractée. En plein contexte de tensions politiques entre l’extrême droite et l’extrême gauche dans l’Italie des années 1970, une quarantaine de néofascistes surgissent de la rue voisine. Ce soir-là, ses camarades réussissent à fuir. Lui ne peut pas courir assez vite. Il sera rattrapé et poignardé. Le lendemain, trente mille personnes descendront dans les rues de Bari, déclarée en deuil officiel. Dans toute l'Italie, des hommages s’organisent et c'est au Teatro Piccinni, juste ici, que sera organisée la première cérémonie en sa mémoire. Un carrefour riche en histoire !






