Théâtre Aimé Césaire

david stanley

Ce beau bâtiment en pierre de style néoclassique, est l’ancien hôtel de ville de Fort-de-France, construit en 1884. C’est un très bel exemple de l’architecture typique antillaise, avec l’omniprésence du bois, la frise dentelée du toit et son horloge à quatre faces. Et voyez le balcon en fer forgé. C’est ici que se tenait Antoine Siger, alors maire de Fort-de-France , lorsqu’il a été assassiné en 1908, d’un coup de feu tiré depuis la foule. En 1912, un théâtre est ajouté à l’arrière du bâtiment, avec une grande salle à l’italienne pouvant accueillir jusqu’à 800 spectateurs. En 1970, Fort-de-France se dote d’un nouvel hôtel de ville, plus spacieux, sur le boulevard du Général de Gaulle. Mais Aimé Césaire, maire de 1945 à 2001, choisit de conserver son bureau ici, même après son mandat, lorsqu’il devient maire honoraire en hommage à son engagement. Un an après sa disparition, le bâtiment est renommé en son honneur, et reçoit régulièrement divers événements culturels. Un espace muséal a même été installé dans son ancien bureau. Mais puisqu’on ne parle que de lui, arrêtons nous un instant pour faire plus ample connaissance avec Aimé Césaire. C’est vrai que c’est un personnage clé de l’Histoire de la Martinique, mais aussi l’une des grandes figures de la littérature française et un acteur majeur des luttes pour la dignité des peuples colonisés. Asseyez-vous sur les bords de la fontaine, le temps que je vous raconte son histoire. Né en 1913 dans une famille modeste de Basse-Pointe, il est encouragé par ses professeurs du lycée, et reçoit une bourse pour partir faire ses études à Paris. Il intègre l’École Normale Supérieure, l’une des plus prestigieuses institutions françaises, où il se lie d’amitié avec de futurs écrivains et hommes politiques venus d’Afrique ou des Caraïbes. Ensemble, ils fondent le journal L’Étudiant noir, dans lequel apparaît pour la première fois le mot “négritude”. Ce terme, dont on attribue volontiers la paternité à Aimé Césaire, donnera naissance à un mouvement littéraire et politique majeur. Il s’agissait de revendiquer l’identité noire, de se réapproprier un mot né du mépris, et d’en faire une fierté. Pour Césaire, la négritude rejette l’assimilation culturelle imposée par le colonialisme et valorise les héritages africains que ce système avait tenté d’effacer. Mais son humanisme va plus loin et s’adresse en réalité à tous les laissés pour compte. Il déclarera en effet être de la race de ceux qu’on opprime. De retour en Martinique, il devient professeur de lettres au lycée Schœlcher et fait une entrée fracassante dans la poésie en publiant son recueil : “ Cahier d’un retour au pays natal.” Il entre dans la politique un peu malgré lui et sera longtemps maire de Fort-de-France et député. En 1941, il fonde la revue “Tropiques” pour s’opposer aux clichés exotiques et édulcorés véhiculés par la littérature française à propos des colonies, qu’il appelait le “doudouisme”. Toute sa vie durant, il jouera un rôle prépondérant dans l’autonomie de la Martinique et la reconnaissance de sa culture. À sa mort, l’hommage qui lui est rendu est énorme. Il reçoit des funérailles nationales à Fort-de-France, et entre au Panthéon en 2011, au côté de tous ces grands hommes dont la patrie est reconnaissante. Je vous laisse avec l’inscription qui l’accompagne désormais pour l’éternité : “Inlassable artisan de la décolonisation, bâtisseur d’une négritude fondée sur l’universalité des Droits de l’Homme, Bouche des Malheurs qui n’ont point de bouche, il a voulu donner au monde, par ses écrits et par son action, la force de regarder demain.” Suivie de ces quelques vers : “ J’habite une blessure sacrée, j’habite des ancêtres imaginaires, j’habite un vouloir obscur, J'habite un long silence J'habite une soif irrémédiable”.

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