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Sur le côté sud de la Plaza Grande, se dresse la Casa de Montejo, l’un des bâtiments civils les plus anciens et les plus emblématiques de Mérida. Elle est construite juste après la fondation de la ville, comme résidence de Francisco de Montejo « el Adelantado », conquérant de la péninsule du Yucatán, même s’il n’y vécut probablement jamais. Édifiée avec des pierres récupérées des anciens temples mayas de T’Hó, la maison affirme dès l’origine le pouvoir espagnol au cœur de la nouvelle cité coloniale. Sa façade, de style plateresque espagnol, est unique au Mexique : regardez ses sculptures finement taillées, ses motifs végétaux, ses créatures mythologiques et surtout ses figures de guerriers espagnols en armure, représentés dominant des têtes mayas vaincues. Cette démonstration de force était si ostentatoire qu’elle dérangea jusqu’au roi d’Espagne, qui craignait que Montejo n’affiche un pouvoir supérieur à celui de la Couronne. Au fil des siècles, la maison passe entre plusieurs mains : d’abord la famille Montejo jusqu’au XIXe siècle, puis la puissante famille Peón, enrichie par le commerce du henequén, qui transforme profondément l’intérieur en y ajoutant salons élégants, boiseries sombres, plafonds décorés et, à la fin du XIXe siècle, les célèbres cariatides que vous voyez aujourd’hui sur la façade. Autour de cette façade chargée de symboles est née une légende persistante : on raconte que les visages sculptés, en particulier ceux des guerriers et des figures écrasées sous leurs pieds, seraient habités par les âmes des vaincus, et que certaines nuits, des murmures ou des gémissements se feraient entendre sur la place. D’autres affirment que la maison serait « marquée » par l’excès d’orgueil de ses premiers propriétaires, et que cette ostentation expliquerait les malheurs qui ont frappé la lignée des Montejo. Depuis 2010, la Casa de Montejo est devenue un musée ouvert à tous, où l’on découvre, à travers ses pièces meublées, le mode de vie de l’élite yucatèque de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Plus qu’une belle demeure, ce lieu raconte à lui seul près de cinq siècles d’histoire






