

©Joaquín Martínez Rosado - CC0 1.0.
Jetez un œil sur votre gauche : dans ce petit parc se trouve l’un des monuments les plus symboliques et les plus chargés d’histoire de Mérida : le Monumento a la Maternidad, également appelé Monumento a la Madre. Inaugurée le 12 octobre 1928, cette sculpture en marbre blanc de Carrare représente une scène intime et pleine de douceur : une mère s’apprête à baigner son nourrisson tandis que son fils aîné se penche pour embrasser son petit frère, une image volontairement tendre et quotidienne. L’œuvre est une réplique d’une sculpture parisienne intitulée « Maternité », réalisée à l’origine par le sculpteur français Charles Alfred Lenoir et reproduite pour Mérida par son fils, André Lenoir. Ce monument n’est pas anodin : il est le tout premier du genre au Mexique, érigé seize ans avant celui de Mexico. Sa création s’inscrit dans un contexte politique et social particulier. Dans les années 1920, le Yucatán est à l’avant-garde des luttes féministes sous le gouvernement progressiste de Felipe Carrillo Puerto, qui soutient le droit de vote des femmes, le divorce et même la diffusion d’informations sur le contrôle des naissances. Loin de faire l’unanimité dans une société encore largement conservatrice, ces réformes provoquèrent de vives réactions et il fut assassinné en 1924 par des militaires insurgés. La Liga de Acción Social, une organisation bien opposée à ses réformes, lance l’idée d’ériger un monument dédié à la maternité, non pas comme un hommage aux revendications féministes, mais comme une célébration de la mère au sein du foyer. La sculpture arrive par bateau au port de Progreso en octobre 1928 et son inauguration donne lieu à une cérémonie grandiose, avec discours officiels, musique, poèmes et un défilé de milliers d’écoliers jetant des fleurs au pied du monument. Depuis, le parc a pris le nom de Parque de la Madre et le monument est devenu un repère affectif et urbain pour les habitants. Son histoire reste cependant ambivalente : symbole de tendresse et d’amour maternel pour les uns, rappel d’un moment de recul politique pour les autres.






