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Vous êtes ici dans la rue Trang Tien, lieu emblématique du quartier français. En avançant dans cette rue, nous allons rejoindre l’opéra, qui se trouve à quelques mètres de là. Situé au sud-est du lac Hoan Kiem, le quartier français s’est développé principalement entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle, lorsque Hanoï devient la capitale de l’Indochine française en 1887. Reprenons un peu cette histoire. Tout commence par la conquête et la réorganisation administrative de la région par la France : après la prise d’Hanoï en 1873 puis l’installation progressive du protectorat sur le Tonkin, Paris cherche à regrouper ses possessions d’Asie du Sud-Est dans une structure unique pour mieux les gouverner. C’est ainsi qu’est créée, en 1887, l’« Union indochinoise » (souvent appelée Indochine française), une fédération coloniale qui rassemble alors la Cochinchine, l’Annam et le Tonkin, les anciennes régions qui constituaient le Vietnam, ainsi que le Cambodge. Le Laos est intégré un peu plus tard, à partir de 1899. Au départ, l’ensemble ne fait pas immédiatement de Hanoï sa capitale : l’administration coloniale utilise d’abord Saïgon comme centre du pouvoir, avant de la transférer officiellement en 1902, dans le Tonkin, afin de placer la capitale au nord, au plus près des grands axes politiques et stratégiques de la péninsule. Ce choix accélère la transformation urbaine de la ville : la ville devient la vitrine administrative de l’Indochine. Contrairement au Vieux Quartier voisin, dense et ancien, ce secteur a été conçu selon un plan urbain rationnel, avec de larges boulevards ombragés, des trottoirs spacieux et des bâtiments isolés dans des jardins, inspirés de l’urbanisme haussmannien parisien. À partir de 1873, puis surtout entre 1900 et 1920, l’administration coloniale fait construire ici ses grands édifices civils, politiques et culturels, donnant naissance à ce que l’on surnommera alors le « Petit Paris d’Asie ». Après le départ des Français en 1954, ces bâtiments sont réaffectés par l’État vietnamien en ministères, écoles et institutions, ce qui explique leur remarquable continuité d’usage jusqu’à aujourd’hui. Longtemps négligé durant la période socialiste, le quartier fait désormais l’objet d’une politique de préservation, avec plus de 1 200 villas coloniales recensées à Hanoï et plusieurs restaurations emblématiques menées depuis les années 1990. Aujourd’hui, le Quartier français concentre ambassades, hôtels historiques, musées, boutiques élégantes et restaurants, offrant une atmosphère plus calme et aérée que le Vieux Quartier.






