Seigan-Ji

©Asturio Cantabrio BY-SA 4.0.

Au cœur du tumulte de Teramachi et de Shinkyōgoku, le temple Seigan-ji apparaît presque comme une surprise : un îlot de recueillement glissé entre les vitrines, les néons et le flot des passants. Fondé en 667 sur ordre de l’empereur Tenchi, il traverse plus de treize siècles d’histoire et change plusieurs fois d’emplacement avant d’être installé ici, à la fin du XVIe siècle, quand Toyotomi Hideyoshi réorganise Kyoto et regroupe les institutions religieuses dans ce quartier. D’abord lié à la cour impériale, il devient ensuite un haut lieu du bouddhisme de la Terre Pure, dédié à Amida Nyorai, le bouddha de la lumière infinie. Il est aussi connu comme le « temple des femmes », car dès l’époque de Heian, il a servi de refuge spirituel à des femmes de cour venues chercher une paix intérieure difficile à trouver ailleurs. Les noms de Sei Shōnagon, auteure des Notes de chevet, et de la grande poétesse Izumi Shikibu restent ainsi attachés à Seigan-ji, comme un écho littéraire qui flotte encore dans l’enceinte. Cette mémoire se lit dans une tradition très concrète : les ema, de petites plaques votives en bois que les visiteurs accrochent dans les sanctuaires et les temples après y avoir écrit un vœu, un souhait ou parfois un court poème ; ici, elles prennent souvent la forme d’éventails, en clin d’œil à la poésie et à l’élégance de l’époque classique. Mais Seigan-ji ne parle pas seulement de prière : il est aussi le berceau du rakugo, un art du récit comique japonais né sur scène avec une simplicité déconcertante, un seul conteur assis, presque sans décor, qui incarne plusieurs personnages en changeant de voix, de rythme et d’expression, et fait naître l’humour par la parole seule. Au début du XVIIe siècle, l’abbé Anrakuan Sakuden, moine érudit et maître de thé, y rassemble et structure plus d’un millier d’histoires drôles, posant les bases de cette tradition encore très vivante, que le temple continue d’entretenir par des représentations régulières. Marqué par l’histoire mouvementée de Kyoto, le site a été détruit et reconstruit pas moins de dix fois, principalement à cause des incendies, et son hall principal actuel, en béton, date de 1964. Un contraste qui frappe : au milieu du vacarme de la ville, Seigan-ji continue d’offrir un espace de calme, où cohabitent prières murmurées, souvenirs de poésie et éclats de rire transmis depuis des siècles.

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