

Focus sur le phare égyptien de la Canée
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Si vous regardez vers le large, tout au bout de la longue jetée de pierre, vous apercevrez la silhouette élégante du phare de La Canée, qui culmine à 26 mètres au-dessus des vagues. C'est l'un des plus anciens phares de toute la Méditerranée. Pour comprendre sa silhouette unique, il faut reprendre sa géométrie. C'est un véritable puzzle d'architectures qui change de forme à mesure qu'il s'élève vers le ciel. Si sa base est octogonale, avec une section centrale qui comporte seize angles, son sommet, lui, est parfaitement circulaire, rappelant la forme d'un minaret oriental. Cette étrange superposition est le témoin des vies successives de la ville. Les fondations et la base du phare ont été posées sur ce rocher naturel par les ingénieurs vénitiens, entre 1595 et 1601. À cette époque, le phare avait une double fonction : guider les navires, mais aussi défendre la cité. En cas d'attaque ennemie, les gardiens tendaient une immense chaîne de fer depuis la base du phare jusqu'à la forteresse située juste en face, barrant ainsi physiquement l'entrée du port aux navires envahisseurs. Pourtant, cela n'a pas suffi. En 1645, lors de la conquête de la ville par l'Empire ottoman, le phare subit de lourds dégâts et finit par tomber en ruines. Il restera abandonné pendant près de deux siècles. Sa résurrection a lieu entre 1830 et 1840, sous une influence plutôt inattendue : celle des troupes égyptiennes, alors chargées de gouverner la Crète. Ce sont eux qui reconstruisent entièrement la tour sur ses bases d'origine, en lui donnant ce profil d'inspiration orientale si reconnaissable aujourd'hui. Mais que faisaient les Égyptiens en Crète ? Tout commence en 1821, lorsque les Grecs et les Crétois se sont révoltés pour obtenir leur indépendance vis-à-vis de l’Empire ottoman. Incapable de mater la rébellion, le Sultan a appelé à l'aide son puissant vassal, Méhémet Ali, le vice-roi d'Égypte. En échange de son armée, le Sultan lui a promis des territoires. Après avoir écrasé la résistance sur l'île, Méhémet Ali a officiellement reçu la Crète en récompense. Pendant dix ans, l'île a ainsi été administrée directement depuis le Caire. C’est durant cette parenthèse égyptienne que de grands travaux d'infrastructure ont été lancés. Mais cette décennie égyptienne prend fin en 1840 à cause d'un immense coup de bluff géopolitique. Trop ambitieux, Méhémet Ali décide d'envahir la Syrie et menace de faire s'effondrer l'Empire ottoman pour bâtir son propre empire arabe. Les grandes puissances européennes, menées par la Grande-Bretagne, décident alors de s’en mêler. Et, afin de préserver l’équilibre de la région et surtout leurs routes vers l’Inde, ils posent un ultimatum historique et bombardent l’armée égyptienne. Le vice-roi d'Égypte doit capituler. Pour sauver sa couronne au Caire et obtenir le droit de léguer l'Égypte à ses descendants, il accepte d'évacuer toutes ses autres conquêtes. La Crète est alors restituée aux Ottomans, mais le phare, lui, gardera à jamais son surnom de « phare égyptien ».







