

La Canée pendant la Seconde Guerre mondiale
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Revenons en mai 1941. L'Allemagne nazie vient de conquérir la Grèce continentale et la Crète devient le dernier bastion allié en Méditerranée orientale. Sa position est stratégiquement vitale : depuis ses aérodromes, les bombardiers alliés défient la machine de guerre d'Hitler. Pour le dictateur allemand, il est impensable de laisser cette menace derrière lui avant d'envahir l'URSS. Dès la mi-mai, la Luftwaffe commence un pilonnage intensif de La Canée pour préparer l'invasion. Les bombes s'abattent sur la ville avec une précision mathématique, dévastant une grande partie de la vieille ville. Aujourd'hui encore, les ruines de certains bâtiments soufflés par les explosions sont visibles, comme une cicatrice dans le paysage urbain. Et le matin du 20 mai 1941, l'histoire militaire bascule. L'Allemagne lance l'opération Merkur : la plus grande invasion aéroportée de l'histoire. Des milliers de parachutistes d'élite, les Fallschirmjäger, sont largués sur l'île. Mais rien ne se passe comme prévu. Les Alliés ont décrypté les plans allemands et les attendent de pied ferme. Le premier jour est un véritable désastre pour les envahisseurs, abattus en plein ciel. Surtout, les Allemands font face à une surprise totale : la population civile crétoise, hommes et femmes, se soulève massivement, armée de faux, de couteaux et de vieux fusils, pour défendre leur terre. À la nuit tombée, les Allemands ont perdu une bonne partie de leurs hommes et l’opération semble proche de l’échec total. C'est alors qu'un incroyable coup du sort va tout changer à l'aérodrome de Maleme, situé à quelques kilomètres à l'ouest de La Canée. Sur la colline 107 qui domine la piste, le colonel néo-zélandais Leslie Andrew est coupé du monde. Ses liaisons radio sont détruites par les bombardements, dont le vacarme incessant empêche de s’entendre penser. N'ayant plus de nouvelles de ses compagnies avancées, il en conclut à tort qu'elles ont été anéanties. Épuisé, il réclame des renforts à son supérieur, qui refuse, avant de lui lancer une réplique restée célèbre : « Si tu dois te replier, fais-le ». Dans la nuit, s'estimant condamné, le colonel Andrew ordonne alors le repli. Au matin du 21 mai, les éclaireurs allemands découvrent avec stupéfaction que la colline est vide. Ils s'en emparent sans tirer un coup de feu, gagnant ainsi une position stratégique inestimable. Dès lors, le piège se referme : les avions allemands se succèdent sur la piste de Maleme pour déverser des milliers de soldats en renfort. La balance bascule de façon irréversible en faveur de l’Allemagne d’Hitler. Épuisés, privés de soutien aérien, les Alliés doivent battre en retraite à travers les montagnes vers la côte sud pour être évacués en catastrophe par la Royal Navy. Le 1ᵉʳ juin, la Crète capitule. Pour La Canée, devenue le quartier général des forces d'occupation nazies, le pire commence. Excédés par l'héroïsme des civils, les Allemands appliquent une politique de représailles d'une brutalité extrême. À Kondomari, à quelques minutes d'ici, a lieu l’une des premières exécutions de masse de civils en Europe occidentale. De nombreux villages seront rasés sur toute l'île durant les quatre années de terreur qui vont suivre. Ce long cauchemar prend fin en mai 1945, lorsque les forces allemandes, retranchées autour de La Canée, signent enfin leur reddition, laissant derrière elles une île meurtrie mais fière d'avoir fait trembler l'armée d'élite du Troisième Reich.







