

La fontaine Bembo et le Sebil ottoman
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Pour vraiment comprendre Héraklion aujourd’hui, il faut revenir sur un moment charnière de l’histoire de la ville, au XVIIe siècle, lorsqu’elle bascule de la domination vénitienne à la domination ottomane. À cette époque, la ville s’appelle encore Candie et constitue une place stratégique en Méditerranée orientale. Les Ottomans commencent la conquête de la Crète en 1645, mais Candie résiste bien plus longtemps que le reste de l’île. Le moment clé, c’est le siège de Candie, qui débute en 1648 et dure plus de vingt ans. C’est l’un des plus longs sièges de l’histoire. Pendant des décennies, la ville vit au rythme des bombardements, des attaques et des tentatives de percée. Les Ottomans coupent les ressources en eau, utilisent l’artillerie et creusent des galeries souterraines pour fragiliser les remparts. Mais rien n’y fait, Candie résiste encore et toujours, protégée par ses impressionnantes fortifications vénitiennes et ravitaillée par la mer. Ce n’est qu’à partir des années 1660 que la pression devient trop forte. Les attaques se concentrent sur les points faibles des défenses, et les secours venus d’Europe ne suffisent plus. La capitulation est signée en septembre 1669 par Francesco Morosini. Les Vénitiens abandonnent Candie aux Ottomans, tout en obtenant que les habitants puissent quitter la ville avec leurs biens, leurs armes et leurs archives. Quand les troupes ottomanes entrent dans la ville en octobre 1669, la ville est largement détruite et presque vidée de ses habitants. Avec cette conquête, Héraklion change profondément. La ville est rebaptisée Kandiye ou Kastro et devient un centre administratif ottoman. De nombreuses églises sont transformées en mosquées, les bâtiments sont réparés ou adaptés, et de nouvelles infrastructures, comme des fontaines, sont mises en place pour répondre aux besoins de la population. Vous pouvez en observer deux témoins ici même. La fontaine Bembo, construite au XVIe siècle sous les Vénitiens, est l’un des premiers systèmes d’eau courante de la ville, un équipement essentiel dans une place fortifiée comme Candie. Elle est facilement reconnaissable à sa statue décapitée. Juste à côté, le sebil construit à l’époque ottomane, illustre une autre approche : celle d’une fontaine publique destinée à distribuer gratuitement de l’eau dans un esprit de charité. Son fondateur voulait même qu’on y apporte de la neige du mont Psiloritis voisin afin de fournir de l’eau fraîche aux habitants en été. Un véritable luxe ! Ces deux monuments, côte à côte, montrent très concrètement le passage d’une organisation urbaine vénitienne à une culture ottomane.







