

La forteresse Firkas
Shutterstock
Devant vous se dresse l'entrée de la forteresse Firkas, qui abrite aujourd'hui le Musée maritime de Crète. Avant de franchir ses portes, arrêtez-vous un instant sur les objets insolites qui montent la garde sur le parvis. À côté des impressionnantes ancres de marine en fer forgé, récupérées sur des navires ayant opéré dans la baie, vous remarquerez une intrigante sphère métallique d'un peu moins d'un mètre de diamètre. Ne vous y trompez pas : sous ses airs de gros ballon de fer rouillé, il s'agit d'une authentique mine sous-marine américaine, le modèle Mark 6. Conçue initialement pendant la Première Guerre mondiale pour piéger les sous-marins allemands en mer du Nord, cette mine pesait plus de 600 kilos à l'époque et dissimulait une charge explosive de 136 kilos de TNT. Sa grande révolution technique était son système de déclenchement : elle était reliée à un long câble en cuivre qui flottait à la surface. Dès qu'un navire en acier frôlait ce câble, un courant électrique se créait et déclenchait l'explosion à distance. Largement déployée en Méditerranée dans les années 1940, celle que vous avez sous les yeux a été désamorcée et installée ici comme un mémorial de la célèbre bataille de Crète de 1941. Cet épisode historique ne vous dit rien ? Ne vous inquiétez pas, nous y reviendrons un peu plus tard. Pour le moment, tournez-vous plutôt vers les imposantes murailles qui vous font face. Je vous invite à faire un petit détour pour explorer ce bastion construit par les Vénitiens à partir de 1610 pour verrouiller l'entrée du port. À l'origine, ils l’avaient baptisé le Revellino del Porto, le bastion du port. Le système de défense était redoutable : au rez-de-chaussée, six grandes salles voûtées abritaient des canons pointés vers le large. Plus incroyable encore, un énorme anneau de fer, le Kerkelos, était scellé dans la roche pour tendre une lourde chaîne de fer jusqu'au phare afin d’en barrer l’accès. Pourtant, la forteresse n'a pas résisté à l'invasion ottomane de 1645. Les nouveaux maîtres des lieux ont alors rebaptisé le fort « Firkas », un mot turc signifiant « caserne militaire ». L'ambiance des lieux est alors devenue beaucoup plus sombre : les salles de canons ont été transformées en cellules de prison. Firkas est rapidement devenue l'une des geôles les plus redoutées de Crète, où étaient enfermés les résistants grecs. Et ce jusqu’au 1er décembre 1913, car c'est ici même, sur la plus haute tour du fort, que le drapeau ottoman a été vu pour la toute dernière fois. En présence du roi de Grèce et du grand homme d'État crétois Elefthérios Venizélos, le drapeau grec y a été hissé, marquant officiellement le rattachement de la Crète à la Grèce après des siècles de dominations étrangères. Aujourd'hui, les prisonniers ont laissé place aux spectacles de danses crétoises qui animent la cour en été. L'accès à la cour intérieure et aux remparts de la forteresse est entièrement gratuit, mais soumis à des horaires selon les saisons. Entrez et grimpez sur les remparts, vous profiterez de l'une des plus belles vues panoramiques sur le port et son phare égyptien. Bonne exploration !







