La place Splantzia et l’église Saint-Nicolas

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Bienvenue sur la place Splantzia, officiellement rebaptisée « Place 1821 ». Sous l'ombre salvatrice de ses arbres, vous vous trouvez au cœur de l'ancien quartier turc de La Canée. Sous l'occupation ottomane, cette place était le centre névralgique de la vie sociale, politique et commerciale. C'est ici que les notables et les janissaires se réunissaient pour fumer le narguilé, boire le café turc et décider du sort de la ville. L'élément le plus saisissant de la place est l'église Saint-Nicolas, qui se dresse devant vous. Regardez bien sa façade : elle possède la particularité d'arborer à la fois un clocher chrétien et un minaret musulman. Cet édifice résume à lui seul les paradoxes de l'histoire crétoise. Construite en 1320 comme monastère catholique par les Vénitiens, l'église est transformée en mosquée dès l'arrivée des Ottomans en 1645. C'est le sultan Ibrahim qui y fait adjoindre ce minaret, qui était alors le plus haut et le plus beau de toute la Crète. En 1918, après le départ des Turcs, le bâtiment change à nouveau de destin pour devenir l'église orthodoxe actuelle. Le minaret, lui, fut conservé, devenant un repère incontournable du paysage urbain. Plus discrète, sur le côté nord-ouest de la place, se cache la petite église Saint-Roch. Ce trésor de la Renaissance vénitienne fut érigé au XVIe siècle pour remercier le saint d'avoir protégé la ville d'une terrible épidémie de peste. Elle a traversé les siècles d'occupation ottomane pratiquement intacte. Mais le témoin le plus ancien et le plus poignant de cette place se trouve en son centre : un immense platane centenaire. Ses branches servirent autrefois de potences aux bourreaux ottomans pour des pendaisons exemplaires de rebelles grecs. Le drame le plus marquant se déroule le 19 mai 1821, au tout début de la guerre d'indépendance grecque. Accusé à tort d'inciter le peuple à la révolte, l'évêque Melchizédek Despotakis fut arrêté, traîné nu et humilié dans les rues par la foule, avant d'être pendu à ce platane aux côtés de son diacre, Kallinikos de Véria. Une plaque commémorative sur la place rappelle aujourd'hui leur sacrifice. L'ambiance actuelle de Splantzia offre un contraste saisissant avec son passé. Devenu l'un des quartiers les plus vivants et branchés de La Canée, la place voit aujourd'hui se côtoyer habitants et voyageurs pour partager des mezze et des cafés en terrasses.

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