

Le quartier Evraiki
©C messier, CC BY-SA 4.0 httpscreativecommons.orglicensesby-sa4.0, via Wikimedia Commons
Cette rue longeant la partie sud des murailles de la ville est une invitation parfaite à la flânerie, pourtant elle est chargée d’histoire. En effet, cette artère discrète, aujourd'hui parsemée de tavernes et de petites boutiques, formait autrefois la frontière méridionale d'Evraiki, le quartier juif historique de La Canée. Durant la longue domination vénitienne, ce secteur était d'ailleurs officiellement appelé la Zudecca, le ghetto juif, exactement comme à Venise. Mais l'histoire a pris un tournant brutal ici lors de la Seconde Guerre mondiale. À l'angle de la rue Portou où vous vous trouvez et de la prochaine rue à gauche, la rue Kondylaki, se dressait l'école maternelle de la communauté juive. En mai 1941, les bombardements intensifs de l'aviation allemande ont entièrement pulvérisé ce bâtiment, ainsi que la synagogue Beth Shalom qui se trouvait tout près. C'est le prélude à l’un des épisodes les plus vifs de l’occupation nazie de La Canée, qui va se dérouler au printemps 1944 dans ces mêmes ruelles. Le 21 mai 1944, l'occupant ordonne au mégaphone à toutes les familles juives de se rassembler devant leur porte avec une seule valise. 265 hommes, femmes et enfants sont arrêtés et leurs maisons pillées. Quelques jours plus tard, ils sont entassés à bord d'un navire à vapeur, le Tanais, en direction des camps d'extermination. À son bord, se trouvent également des résistants crétois chrétiens et des prisonniers italiens antifascistes. Mais au large de Milos, un sous-marin britannique, ignorant la présence des prisonniers à bord, repère le navire allemand et le torpille. Le Tanais coule à pic. Il n'y aura aucun survivant. En une seule nuit, la communauté juive de La Canée fut définitivement anéantie. Si vous souhaitez découvrir le dernier témoin vivant de cette histoire, empruntez la rue Kondylaki puis tournez dans la petite impasse adjacente. C'est là que se cache la synagogue Etz Hayyim. Dernier grand témoin des destructions de la guerre, elle a été magnifiquement restaurée. Vous pouvez également emprunter la rue à droite sur une centaine de mètres pour découvrir un point de vue différent sur l’immensité des murailles qui entourent la ville. Ici, tous les chemins mènent à l’histoire !







