

Les statues de la place Athinagoras
©Syrio, CC BY-SA 4.0 <httpscreativecommons.orglicensesby-sa4.0>, via Wikimedia Commons
Débouchant de la rue Halidon, l'artère principale qui relie le port à la ville moderne, vous arrivez sur la place Athinagoras. Cet espace pavé, entouré de cafés et de boutiques, offre une véritable respiration dans le tissu très serré de la vieille ville. En observant la place, vous remarquerez deux grandes statues de plein pied qui incarnent parfaitement la double identité crétoise, entre foi et liberté. La première, avec ses armes traditionnelles glissées à la ceinture, représente Anagnostis Mantakas. Surnommé le lecteur parce qu'il savait lire les Évangiles à une époque où l'alphabétisation était rare, il incarne la Crète insurgée contre l’empire ottoman du XIXe siècle. Général en chef durant la grande révolte de 1866, il refusa toujours les compromis d'une simple autonomie pour exiger l'union définitive avec la Grèce. Ce vieux guerrier connut une chance historique rare : survivre assez longtemps pour accomplir, le 1er décembre 1913, le geste d'une vie, en hissant le drapeau grec sur la forteresse Firkas, marquant ainsi la fin de l'occupation étrangère. La seconde figure, en bronze sur sa base de marbre, regarde vers le port. Il s'agit du patriarche œcuménique Athinagoras Ier, qui visita La Canée en 1963. Pour comprendre son histoire, il faut se plonger dans celle de la religion dominante en Crète : l’Orthodoxie. Cette branche religieuse apparait lors du Grand Schisme de 1054. À l'origine de cette rupture, on trouve une différence théologique liée à l’origine de l’Esprit Saint, mais surtout une fracture politique majeure : le refus des Églises d'Orient de se soumettre à l'autorité universelle et absolue du pape de Rome. Contrairement à l'Église catholique, l'Orthodoxie fonctionne sans chef unique. C'est une famille d'Églises indépendantes où le patriarche de Constantinople ne possède qu'un statut honorifique. C’est là qu’apparait Athinagoras. Élu au siège de Constantinople, il est entré dans l'histoire pour sa rencontre en 1964 avec le pape Paul VI, un dialogue qui permit de lever les excommunications mutuelles du Grand Schisme de 1054 après neuf siècles de rupture. Si Mantakas est l'homme du combat national, Athinagoras est celui du rayonnement spirituel et de la paix religieuse au XXe siècle.







