Les monarchies hawaïennes

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Pour comprendre Honolulu, il faut comprendre ses rois et ses reines. On s'imagine parfois une lignée unique et linéaire, mais l’histoire du Royaume d’Hawaï repose en réalité sur deux grandes dynasties, séparées par un roi de transition. Tout commence avec la maison des Kamehameha.

Comme on peut le deviner, de Kamehameha Ier à Kamehameha V, cinq rois vont se succéder. Le premier d'entre eux est le grand unificateur : grâce à son génie militaire et à l'usage habile des premières armes à feu occidentales, il réussit en 1810 à unifier toutes les îles sous une seule Couronne. S'il n'y a pas eu de reine régnante chez les Kamehameha, les femmes y exerçaient cependant un pouvoir important.

C'est le cas de la reine Kaʻahumanu, l'épouse favorite du fondateur. À la mort du roi en mai 1819, elle devient co-régente et va provoquer, avec la reine mère Keōpūolani, un véritable séisme politique et spirituel. À l'époque, la vie hawaïenne est régie par le système des kapu.

Ce ne sont pas de simples règles de politesse, mais un ensemble de lois sacrées, politiques et sociales ultra-strictes dont la violation est punie de mort. Le pilier le plus visible en était le ʻai kapu, qui interdisait formellement aux hommes et aux femmes de manger ensemble, et privait ces dernières d'aliments sacrés comme le porc, les bananes, la noix de coco ou le taro. En novembre 1819, poussé par ces femmes de pouvoir face à un monde en pleine mutation occidentale, le jeune roi Kamehameha II ose le geste impensable : il s'assoit à la table des femmes et mange publiquement avec elles.

Cet acte de rupture, baptisé ʻai noa ou « manger librement », provoque le renversement de tout l'ordre cosmique et social de l'archipel. Si le roi brise le tabou sans être frappé par la foudre divine, c'est que les anciens dieux n'ont plus de pouvoir. Un repas pour révolutionner des siècles de croyances, on fait difficilement plus radical !

Les temples ancestraux, les heiau, sont détruits et les idoles brûlées. Mais évidemment, cette révolution ne plaît pas à tout le monde : une guerre civile éclate immédiatement, culminant à la sanglante bataille de Kuamoʻo où les derniers défenseurs de l'ancienne foi sont écrasés. Ce vide spirituel immense ouvrira grand la voie, quelques mois plus tard, à l'arrivée des missionnaires chrétiens et à un tout nouveau système juridique inspiré de la religion.

D’ailleurs, si le nom de Kamehameha vous dit quelque chose, c’est probablement grâce au célèbre dessin animé Dragon Ball Z ! Pas de lien historique ou politique ici : l'auteur, Akira Toriyama, cherchait un nom percutant pour la technique de combat de ses personnages. C'est sa femme qui lui a suggéré le nom du grand roi hawaïen simplement parce qu'il sonnait bien.

Comme quoi, le monde est petit ! Mais revenons à nos moutons : quand le dernier des Kamehameha meurt en 1872 sans laisser d'héritier, l'archipel entre dans sa seconde phase. La Constitution permet alors l'élection d'un roi : c'est le roi Lunalilo.

Son règne est tragiquement court, à peine un an, et comme il meurt de tuberculose sans désigner de successeur, le peuple doit réélire un souverain. C'est ainsi qu'apparaît la deuxième et dernière dynastie d'Hawaï : la Maison de Kalākaua. Elle ne connaîtra que deux dirigeants.

D'abord le roi David Kalākaua, surnommé le « Monarque Joyeux », qui va faire construire le magnifique Palais 'Iolani, puis sa sœur, la Reine Liliʻuokalani, qui sera la toute dernière souveraine de l'île jusqu’en 1893.

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