Mélpo Axioti

L'île a vu grandir l'une des voix les plus puissantes, les plus avant-gardistes et les plus engagées de la littérature grecque moderne du vingtième siècle : Mélpo Axioti. Née en 1905 au sein d'une grande famille mykonienne, elle est la fille du célèbre musicien et compositeur Georgios Axiotis. Élevée sur cette île avant de poursuivre ses études chez les Ursulines de l’île voisine de Tinos, son identité culturelle et familiale restera pour toujours profondément ancrée dans les Cyclades qui lui rendent hommage à travers cette statue de buste au milieu de la place où vous vous trouvez. Lorsqu'elle s'installe à Athènes pour écrire, elle bouscule immédiatement le paysage littéraire. Membre éminente de la célèbre « génération des années 1930 », elle s'impose comme une pionnière du modernisme grec. Son premier chef-d'œuvre, publié à la fin des années 1930 et intitulé Nuits difficiles, est aujourd'hui salué par la critique comme le tout premier roman surréaliste grec. Ce texte récompensé fait d'elle une autrice incontournable, une réputation qui dépasse rapidement les frontières de la Grèce grâce à un autre titre majeur, Vingtième siècle, qui se voit traduit en plusieurs langues. Mais Mélpo Axioti n'était pas seulement une écrivaine de salon : c'était une intellectuelle passionnée et une femme de convictions. Engagée à gauche, communiste, elle participe activement à la résistance pendant l’Occupation. Ce choix politique lui coûtera cher. Suite à la guerre civile grecque, elle est contrainte à un long exil de dix-huit ans qui commence en 1947. Elle vit d'abord en France, puis s'installe à Berlin-Est, où elle enseigne le grec moderne et la littérature à la prestigieuse université Humboldt. Durant ces années d'exil, son talent lui vaut l'estime et l'amitié des plus grands créateurs européens de son temps, d'Aragon à Paul Éluard, en passant par Pablo Neruda et Pablo Picasso. En 1964, elle est enfin autorisée à rentrer dans sa patrie, mais sa vie se termine dans la pauvreté et l’oubli. Cette femme brillante, qui avait fait le choix de renoncer à sa fortune pour rester fidèle à ses idéaux politiques, passe ses dernières années de façon très précaire, logée dans des hôtels ou chez des amis. Lorsqu'elle s'éteint en 1973 dans une maison de retraite, elle meurt presque oubliée. Alors en vous promenant à Mykonos, rappelez-vous que ces ruelles ont abrité l'enfance d'une femme libre, une artiste exigeante et courageuse qui a troqué son héritage aristocratique contre la plume, la poésie et la liberté.

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