

Parc de Santa Ana
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Cette petite place si paisible se trouve en réalité au carrefour de trois moments historiques fondamentaux. Prenons tout d’abord l'église de Santa Ana, en jaune à votre gauche. Construite vers le XVIe siècle, elle est l’une des six églises coloniales représentées sur le blason officiel de Valladolid. Ce fut la première église exclusivement réservée aux Mayas indigènes de Valladolid. Tous les offices religieux y étaient célébrés en langue maya, à l'exception de la messe qui restait en latin. D’apparence sobre, elle possède une relique rare à l’intérieur, le coffre contenant l’arche funéraire du Cristo del Amor. Maintenant retournez-vous et observez le monument blanc en demi-cercle. Ce Monument aux Niños Héroes rend hommage aux six cadets morts lors de la guerre américano-mexicaine. Après des affrontements entre troupes américaines et mexicaines en 1846, les États-Unis déclarent la guerre au Mexique et l'envahissent. Les troupes des États-Unis avancent rapidement vers Mexico. Le 13 septembre 1847, elles attaquent le château de Chapultepec, qui abrite alors le Collège militaire. Six jeunes cadets mexicains, âgés d’environ 13 à 19 ans, refusent de se replier malgré l’ordre de retraite. Ils restent pour défendre la position face à une armée bien plus nombreuse. Tous sont tués lors de l’assaut. Selon la version la plus connue, l’un d’eux, Juan Escutia, se serait enveloppé dans le drapeau mexicain et aurait sauté des remparts pour éviter de tomber aux mains de l’ennemi, un geste devenu un symbole fort du patriotisme mexicain. Mais le parc de Santa Ana est également le théâtre initial de la Guerre des Castes au Yucatán, qui fut la plus longue rébellion indigène du Mexique. Ce qui est vertigineux ? Ces deux événements se déroulent la même année, en 1847, à quelques semaines d'intervalle. En effet, après plus de trois siècles d’exploitation et d’inégalités, trois caciques mayas s’unissent pour organiser un soulèvement général. Mais l’un d’eux, Manuel Antonio Ay, est trahi, arrêté et pendu sur cette même place où vous vous tenez actuellement, déclenchant l’insurrection totale. Les rebelles prennent rapidement de nombreuses villes, dont Valladolid en janvier 1848, et contrôlent alors presque tout le Yucatán, ne laissant que Mérida et quelques villages côtiers aux autorités en place. La guerre est marquée par des massacres, des destructions d’haciendas et des représailles violentes, mais un retournement de situation inespéré renverse la situation. La saison des pluies arrive et avec elle, la nécessité de semer le maïs pour nourrir les familles des guerriers mayas, qui se voient contraints d’abandonner temporairement les combats. Le Mexique profite de ce répit inattendu pour envoyer troupes et argent, permettant la réintégration du Yucatán au pays en août 1848. Cette « Guerre des Castes », en réalité une révolte sociale multiethnique contre l’oppression économique et politique, a été renommée « Guerre Sociale Maya » par les historiens, et en 2021, le Mexique et le Guatemala ont officiellement demandé pardon aux Mayas pour les crimes commis.







