Musée des Arts asiatiques de Corfou

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Trônant au nord de la Spianáda, le palais Saint-Michel-et-Saint-Georges pose question : que vient faire un tel édifice néoclassique d’inspiration britannique au beau milieu de la Méditerranée ? Pour comprendre cette architecture, direction 1815. Après la chute de Napoléon, le Congrès de Vienne confie les îles Ioniennes à la Couronne britannique. Corfou devient la capitale des « États-Unis des îles Ioniennes », un protectorat britannique en bonne et due forme. Le premier Lord haut-commissaire, Sir Thomas Maitland, décide alors de se faire bâtir cette modeste demeure. Enfin, modeste… le calcaire est importé directement de Malte et le chantier prend des allures monumentales. L'endroit ne sert d'ailleurs pas qu'à loger le gouverneur : il abrite le Sénat ionien et devient le siège d'un ordre de chevalerie anglais, qui lui laisse son nom. Observez la façade : Au-dessus des colonnes doriques, la corniche arbore une proue de navire en pierre, symbole de la cité de Corfou. Cette parenthèse britannique explique d’ailleurs un virage historique majeur. Quand la guerre d'indépendance grecque éclate en 1821 contre l'Empire ottoman, Corfou reste en marge des combats, protégée par le drapeau britannique. Il faut attendre 1864 pour que le Royaume-Uni cède l'archipel à la Grèce, en guise de cadeau diplomatique pour le couronnement du nouveau roi Georges Iᵉʳ. Corfou n'intègre donc la Grèce moderne qu'à ce moment-là, et le palais se convertit en résidence royale d'été. D’ailleurs, savez-vous qu’en 1827, le tout premier gouverneur de l'État grec indépendant, Ioannis Kapodistrias, était de Corfou ? Quelle ironie de savoir que l'homme chargé de construire la Grèce moderne est né sur une île qui, de son vivant, n'appartenait même pas encore à la Grèce ! Mais le vrai twist de ce bâtiment se cache à l'intérieur. En franchissant le pas de la porte, vous ne tombez pas seulement sur la salle du Trône ou les salons d'apparat : le lieu abrite le seul et unique musée d'art asiatique en Grèce. L'histoire de cette collection a de quoi faire sourire. Dans les années 1920, un ambassadeur grec passionné de japonisme, Grigorios Manos, décide de léguer à l'État sa collection personnelle… rien de moins que 9 000 pièces d'art chinois, japonais et coréen chinées dans les ventes aux enchères à Paris et Vienne ! Alimenté par d'autres dons, le musée rassemble aujourd'hui plus de 10 000 œuvres. Croiser des estampes japonaises et des bronzes chinois sous des moulures britanniques du XIXe siècle, au cœur de Corfou : voilà un cocktail cosmopolite des plus détonnants.

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