

La Cathédrale San Zeno
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Place à la cathédrale San Zeno, dont l’histoire remonte à plus de mille ans. Une première église existait sans doute déjà ici à l’époque paléochrétienne, mais le bâtiment actuel est le résultat de nombreuses reconstructions après des incendies et un tremblement de terre. Prenez d’abord le temps d’observer la façade : elle est typique du roman toscan, avec ses bandes alternées de marbre blanc et vert, ses galeries de colonnettes superposées inspirées de Pise, et son portique gothique ajouté par la suite. Au-dessus du portail principal, la terre cuite émaillée d’Andrea della Robbia apporte une touche de couleur et de douceur à l’ensemble. En entrant dans la cathédrale, vous découvrirez un intérieur plus sobre où la pièce maîtresse se trouve dans la chapelle de San Jacopo : c’est le célèbre autel d’argent. Commencé en 1287 et enrichi jusqu’au milieu du XVe siècle, il représente près de deux siècles de travail et rassemble l’intervention de nombreux artistes. Entièrement réalisé en argent, il est composé de plus de six cents figures au total, représentant des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament ainsi que la vie de saint Jacques. Cet autel est indissociable de la relique qu’il protège. En 1145, l’évêque Atto fit déposer ici un fragment du crâne de l’apôtre saint Jacques, rapporté depuis Saint-Jacques-de-Compostelle. L’histoire de cette relique est particulièrement étonnante : deux émissaires de Pistoia furent envoyés en Galice pour obtenir un reste du saint. En ouvrant le tombeau, ils espéraient prélever peut-être une mèche de cheveux, mais ils en rapportèrent finalement un petit fragment osseux du crâne. Ce détail changea profondément le destin de la ville. Pistoia devint alors un important lieu de pèlerinage en Italie, attirant des fidèles qui ne pouvaient pas toujours se rendre jusqu’en Espagne, au point d’être surnommée la « petite Santiago ». Des siècles plus tard, cette relique joua un rôle inattendu. En Espagne, les restes de saint Jacques furent dissimulés pour les protéger d’attaques maritimes, puis redécouverts bien plus tard, laissant planer un doute sur leur authenticité. Le fragment conservé ici à Pistoia permit alors d’apporter un élément de réponse : il correspondait précisément à une partie manquante du crâne. Ce lien entre les deux sanctuaires renforça encore l’importance symbolique de Pistoia, étroitement associée à l’un des pèlerinages les plus célèbres d’Europe. Mais l’autel d’argent est aussi lié à une histoire beaucoup plus dantesque. En 1293, un homme nommé Vanni Fucci, originaire de Pistoia, s’introduisit dans la cathédrale et vola des objets précieux liés au culte de saint Jacques. Il fit accuser un innocent, qui fut condamné et exécuté à sa place, tandis que Fucci, lui, réussit à fuir et ne fut jamais puni de son vivant. Ce crime marqua profondément les esprits, au point d’être immortalisé par Dante Alighieri dans son célèbre poème La Divine Comédie. Dans l’Enfer, Dante place Vanni Fucci parmi les voleurs, condamnés à subir un supplice particulièrement violent : sans cesse attaqué par des serpents, son corps se désintègre en cendre, puis se reforme pour recommencer encore. Dante en fait un personnage brutal, provocateur et blasphémateur, allant jusqu’à défier Dieu depuis le fond des Enfers. À travers lui, le poète maudit Pistoia d’avoir engendré un tel être. Entre relique divine et descentes aux enfers, la cathédrale de San Zeno ne vous laissera sûrement pas indifférent !







